Monday, November 16, 2009

Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil



Histoire d'amour captivante et pas du tout à l'eau de rose. Murakami confirme. Je prends une pause (petit thriller américain pour me "reposer" : Gone for good - Coben est un dangereaux manipulateur !) et je reprends. Prochain : Les amants du spoutnik.

À bientôt !

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Tuesday, October 27, 2009

La ballade de l'impossible



C'est un livre qui se lit vite, à la hâte, sans jamais qu'on s'en lasse. Pourtant, ça n'appartient pas à cette catégorie hautement (et malheureusement) suspecte qu'est celle des "thrillers". C'est tout simplement un jeune homme qui, lentement mais sûrement, passe à l'âge adulte et qui se questionne à travers tous ces drames qu'il vit, toutes ces personnes qu'il rencontre, sur la vie en général et, parfois, la mort en particulier.

Le suicide est présent, très présent. Car on est au Japon. Et au Japon, je ne vous apprends rien, le taux de suicide est très élevé.
L'amour est présent. Car on vit les soubresauts de la vie d'un adolescent. Et un adolescent, on le sait tous, ça aime. Intensément. Étrangement (des fois). Jusqu'au-boutistement.
Beaucoup d'autres choses sont présentes. L'amitié. La fidélité. Les relations humaines. Le mal de vivre.

J'ai aimé. Murakami a une écriture particulière, fluide, parfois poétique, parfois directe et sans détournements.
Mais je n'ai pas lu le livre du siècle. Je vois le potentiel. Mais pas encore l'étendue du talent. C'est comme si j'avais lu "L'attrape-coeur" à soixante ans. Ou "le père Goriot" à sept ans. Ce n'est peut-être pas un livre à lire à trente-deux ans. Peut-être.

En attendant, j'ai acheté trois autres romans de Murakami (c'est dire si j'ai aimé son écriture). Et j'en ai déjà commencé un : Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil.

Je vous en donnerai des nouvelles !

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Monday, October 19, 2009

L'amour au temps du choléra




Ça m'a pris du temps. Pas parce que ce n'est pas bon. Mais l'été, la plage, le soleil...Ce fut long. Mais voilà, c'est fini. Et ce ne fut aucunement une perte de temps.

Marquez et sa verve littéraire, son verbe chancelant, ses images marquantes, sa non-peur d'écrire le jamais écrit, le jamais décrit.

Deuxième meilleur livre de Marquez après "Cent ans de solitude", à mon avis. Mais je ne les ai pas tous lus...

À lire !

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Tuesday, September 22, 2009

La graine et le mulet



En France, un maghrébin d'un certain âge perd son travail et décide d'ouvrir un restaurant. Mais pas n'importe lequel : un restaurant sur un (vieux) bateau et dont la spécialité serait le couscous au poisson que son ex-femme fait si bien.

C'est un scénario toute en finesse, en subtilité(s), en non-dit(s).
J'ai aimé ce père, fatigué, tristounet, d'une dignité sans bornes, d'un courage sans limites. J'ai aimé cette ex-femme - son couscous m'a tellement mis l'eau à la bouche, que je m'en suis commandé un dès la fin du film - joyeuse et bonne cuisinière. J'ai aimé cette fille (de la concubine) qui n'a nullement froid aux yeux (ni au ventre d'ailleurs). J'ai aimé cette russe cocue qui pleure si bien, qui joue si bien que ça vous donne des frissons, si ce n'est des larmes...

J'ai tout aimé.

Si L'esquive a été une découverte pour moi, La graine et le mulet est simplement la confirmation que Kechiche a le don de nous faire - cette fois-ci, il a aussi écrit le scénario - des bijoux de films !


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Thursday, September 03, 2009

La grande bouffe


Tu te réveilles la gorge sèche. Tu zyeutes le radio-réveil. 6h 45. Il est trop tard. Dans la salle de bain, juste avant de prendre ta douche, nu comme un vert, tu te pèses : poids stable. Moins deux, trois kilos, depuis le début. Mais depuis, stable. Tu prends ta douche. L'eau est chaude, mais tu as quand même envie d'ouvrir la bouche et de t'abreuver. L'eau tiède, hmm, c'est bon. Tu te repèses, pensant que savon et schampoing t'auront fait perdre un autre petit kilo. Non. Toujours le même poids. Tu t'habilles, te cravates, te désodorises, te peignes et tu sors. Tu sens que tu as les genoux qui plient, que tes jambes ne tiennent pas comme il faut, mais tu sais que c'est psychologique, tu sais que c'est dans ta tête, d'habitude, tu ne prends pas ton ptit-déj avant d'arriver au bureau, rien n'a changé pour l'instant. Tu prends le bus, les femmes sont belles, elles sortent de la douche, elles sentent bon, elles mettent des décolletés, c'est encore l'été, ou presque. Mais tu regardes ailleurs, tu ne peux pas, tu ne peux pas, tu ne peux pas. Quand tu arrives au boulot, tout le monde te demande comment ça va, comment tu te sens, comme si tu étais en convalescence. Tu souris bêtement et tu dis que tout va bien, tout va bien. Ton ventre rugit tout de suite, comme pour te dire que, non, tout ne va pas bien. Tu t'assois et tu ouvres ton ordi. L'accro-connecté que tu es semble revivre, renaître, c'est une bouffée d'air fraîche qui te souffle dans le visage. Tu fais certes le tour de l'actualité, mais tu facebookes aussi, tu blogues, tu consultes des sites web spécialisés en sport, NBA, SPORT.ES, Marca, etc. 30 minutes plus tard, tu reviens à la réalité : tu as faim et ce n'est pas bientôt fini. De temps en temps, un collègue surgit de nulle part et te demande : tu peux boire de l'eau au moins ? Même pas de l'eau ? Comment tu fais ? Tu ne réponds même plus, ce n'est plus la peine, la répétition intensive n'est pas ta tasse de thé. Enfin, ne parlons pas de tasse de thé maintenant. Parlons d'autres choses.

Tu passes la journée à courir dans tous les sens. Les femmes sont aussi belles que celles du bus. Mais tu regardes ailleurs. Tu ne peux pas, tu ne peux pas, tu ne peux pas. À midi, tu n'as rien à faire. Tu t'assois avec tes collègues à la cuisine. Ils mangent, mais tant d'années à jeûner ici ou en Europe t'ont immunisé contre ce genre de choses. L'odeur t'importe peu. Les patates jaunement appétissantes, la sauce tomato-délicieuse, le poulet qui te fait de l'oeil, la viande rouge qui, oublions le cancer, le cholestérol, les maladies cardiovasculaires et toutes ces conneries feng shui, te fait une danse du ventre assez suggestive, tout ça tu t'en fous, toi t'es fort, t'as de la volonté, t'as la foi. Tes collègues montrent une fausse gêne le premier jour, mettent des gants blancs, tournent autour du pot, pour finalement manger sans y aller d'une main morte. J'aurais fait la même chose. Quand j'ai faim, j'ai faim. Sauf exception. Sauf Ramadan. Exception de trente jours. Les trente plus longs jours de l'année.

Tu reviens au bureau, un peu pâle, mais ça va. Tu souris, parles, gesticules. Le temps passe. De temps en temps, tu facebookes. Il faut que le temps passe. Ici, on ne joue pas à Rrounda, KantKoupi ou Kdbti. Ici, la baguette magique qui transforme une heure en 45 minutes n'existe pas. Ici, il faut bosser. Tous les jours. Production. Chiffres à la hausse. Actions qui montent et qui descendent. Les frais. Les taux. Tout continue comme d'habitude. En attendant, ton taux de sucre baisse, alors que ton taux de tolérance envers le bruit, les collègues à l'humour lourd et les esprits lents, monte en flèche.

À 17h, ton bronzage acquis à la sueur de ton front, au bord de douces plages marocaines, a disparu. Tu es pâle, javellisé, tu as l'oeil vitreux et la langue qui pend. Tes collègues te demandent encore si ça va. Orgueilleux, tu bombes le torse et souris : oui, ça va ! Ça va très bien même. Mais dieu et ses anges savent très bien que ça va moins, tu ne vis pas, tu survis. Et c'est le lot de tous tes frères jeuneurs de ce mois de ramadan, que malgré tout, tu aimes et tu chéris.

À 19h 30, il te reste trois minutes avant le repas. Youtube te fait le "Adhan" de la Mecque. Tu aimes cette voix grave et porteuse qui chante "Allahou Akbar". Ça te rappelle la table ramadanienne garnie de tes parents. Des sucreries à gogo. Une soupe chaude et invitante. Des oeufs durs fumants. Des dattes et des chbbakiyas. Tu jettes un coup d'oeil sur ta table : il n'y a pas photo. Un verre de lait. Une soupe bâtarde aux couleurs "vertement" douteuses. Des croissants au chocolat. Un repas préparé à la sauvette que tu ne saurais décrire et auquel tu n'inviterais guère ton pire ennemi.

19h 33. C'est Waterloo. Tu manges tout. Ça vient de partout, de tous les sens et ça repart dans tous les sens. Sucré, salé. Salé, sucré. Sacré, sulé. Tu ne sais plus. Et c'est le record du monde tous poids confondus. En quinze minutes, tout ce qu'il y avait sur la table a disparu. Tout. Ne reste qu'un peu de sel dans un petit contenant, un verre vide avec deux gouttes de lait au fond et quelques noyaux de dattes, témoins impuissants d'un génocide scrupuleusement annoncé. Qu'importe, l'ONU n'aura pas ta peau ! Baltasar Garzón peut aller se rhabiller : dans ta cuisine, tu es le roi (et la reine s'il le faut) !

À 20h, tu es vautré, quasi-zombie, dans ton canapé. La télé aboie des choses qui te paraissent floues. De toutes les manières, floues ou pas, tu t'en fous. Morphée t'appelle. Tu sautes dans ses bras pour ne te réveiller qu'une heure plus tard avec un léger mal de tête. Un thé chaud s'impose. Et tiens, un peu de baba (cake polonaise). Et tiens pourquoi pas, un toast au beurre d'arachides et au miel. Et tiens, un petit yaourt. Et de l'eau, de l'eau, de l'eau. À 23h, tu te couches, fatigué d'avoir si mangé en si peu de temps. Une bouteille d'eau gît juste à côté du lit. On n'est jamais à l'abri d'une soif soudaine à 4h 51, une minute avant le lever du soleil !

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Tuesday, August 25, 2009

Michael est né et mort à Rabat


Je ne sais plus quel âge j'avais. Neuf, dix ans, peut-être même onze ans. Mon oncle, fraîchement débarqué d'Europe avait amené cette cassette. La jaquette était noire et plastifiée. Dessus, trônait un frêle jeune homme, basané aux cheveux frisés, portant une veste rouge, un pantalon noir. Plus bas avec ses chaussures noires, le blanc de ses chaussettes me faisaient un clin d'oeil, comme pour me narguer, comme pour me dire que oui, chaussettes blanches avec souliers, c'était possible, c'était faisable. Surtout quand on s'appelait Michael Jackson et qu'on était roi du monde. C'était la cassette vidéo de Thriller, bien sûr. Je l'ai regardée. Regardée. Regardée. J'ai commencé à l'imiter, danser, sauter, chanter (en une langue que je ne comprenais pas) et du coup, je suis devenu l'attraction de mes parents. Quand un invité arrivait, j'étais systématiquement invité à me "produire". Je m'exécutais.
C'était magique. Loin de moi l'idée qu'au même moment, partout dans le monde, des milliers, des millions de jeunes, faisaient exactement la même chose que moi. Loin de moi l'idée que je n'étais pas unique, que c'était la mode, que tout le monde thrillérisait !

Au fil des années, j'ai gardé le même émerveillement devant Michael. Pas de la même manière, bien sûr. L'âge m'avait appris la retenue. Je ne dansais plus devant tout le monde, ni même tout seul. Mais j'aimais toujours autant ses chansons, son univers, sa voix.

Un jour, un lointain cousin, faisant ses études en ex-URSS, me demanda de lui prêter la cassette. J'ai accepté. Je ne l'ai plus jamais revue. Les soviétiques étaient friands de tout ce qui était américain. Monsieur achetait des jeans, des vestes de cuir et les revendait une fois à Leningrad. Il s'est dit : tiens, pourquoi pas la cassette de Thriller ? Méchant garnement.

(Pour l'anecdote, il y a deux ans, je lui ai demandé tout de go : Puis, tu l'as vendue à combien ma cassette ? Il a ri jaune. J'ai ri NOIR !)

Par la suite, j'ai rencontré, de temps à autre, de vrais fans de Michael. Des vrais. Pas comme moi. Pas dans la retenue. Non. Les cheveux frisés, la mèche, le corps, les posters partout, la façon de danser, de crier, de bouger. Des vrais. Je me rappelle d'un fan en particulier : W., Frère de mon ami H. (que j'ai perdu de vue il y a quelques années). W. était un fan fini de Michael. Parfois, il faisait des spectacles dans des boîtes de nuits. Quand j'allais chez eux, ça sentait Michael partout, partout. Il l'aimait et l'idolait plus que rien au monde et l'attaquer, pour lui, était équivalent à s'attaquer à son frère ou à sa propre mère.
Je les ai perdus de vue tous les deux. Mais Michael me faisait penser à W. et par ricochet à H.

Le 25 juin 2009, j'étais à Rabat avec des amis, à l'institut Goethe, en train de dévorer une pizza. Il était onze heures, ou minuit, je ne sais plus. Mon cellulaire a clignoté : j'avais reçu un message. Je l'ouvre "Michael Jackson is dead". Signé N. J'ai répondu "Call me now !". Elle m'a appelée. Elle était catégorique. Il est mort. Mort. Mort. Je n'en croyais pas mes oreilles. Ni mes yeux. Ni mon cerveau. J'avais des couteaux dans le dos. J'étais triste, malheureux, mélancolique, fatigué d'être là, alors qu'il ne l'était plus. Michael n'était pas seulement mon enfance, ni seulement mon adolescence, il était aussi mon Maroc. Ce Maroc où j'ai vécu pendant 17 ans a toujours eu Michael comme toile de fond, comme personnage omni-présent, comme défouloire aux idées sombres. Pour moi, Michael était né au Maroc et plus précisément à Rabat. Le voilà qui meurt à Rabat, trop tôt, trop jeune, trop vite. Et c'est trop peu pour moi, cinquante ans. Et c'est trop peu pour nous tous, ce rêve qui s'évapore du jour au lendemain, sans qu'on l'ait assez bercé, assez vécu, assez palpé. Mais la vie est faite ainsi, aussi bien de plaisirs insoupçonnés que de déserts indésirables.

J'ai pensé à W. et par ricochet à H. Ma cousine me dira, quelques jours plus tard, qu'elle avait pensé à moi, quand elle sut...On pense toujours à quelqu'un quand on pense à Michael. C'est dire son importance pour notre génération.

Alors, on écoute Michael partout. Dans les boîtes de nuits, dans les voitures, dans son chez-soi, sur son ipod. Partout. Ce qui était démodé, kitch, dépassé de son vivant, redevient à la mode, redevient la saveur du mois, de la saison, de l'année (parce que mort ?). Et on se dit que ç'aurait pu être mieux. Qu'il était plus beau dans le temps de "Billy Jean". Qu'il était devenu affreux avec le temps. Et pourquoi ? Et comment ? Mais comment deviner ce qui se passait dans sa tête : si j'avais été star mondiale avant mes quinze ans, si j'avais fait l'album le plus vendu de tous les temps à 23 ans, si j'avais été adulé par (presque) une planète entière à un si jeune âge (ou à n'importe quel âge) n'aurais-je pas été fou à lier ? Certainement...

J'écouterai toujours "Billy Jean", "Dirty Diana", "Beat it", "Liberian girl", etc. avec la même douce nostalgie, la même naïveté, le même sourire au coin des lèvres. Quand je t'écoute, Michael, j'écoute les vagues qui ont bercé mon enfance, je revois les images qui ont marqué mon adolescence, je me revois moi, trente kilos de graisse en moins, une tonne d'innocence en plus, rêveur insatiable d'un monde inexistant.


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Thursday, August 20, 2009

Thist and Departures

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