Friday, March 19, 2010

Merzouga, mon amour !


Il était presque 18h. Nous étions essoufflés, lavés, finis. La chaleur. Le soleil. La route. La route. La route.

Qu'importe, le chant du désert nous appelait. Une fois les bagages dans la chambre d'hôtel, une mini-toilette ultra-rapide faite, tout le monde s'est dirigé vers ces charmants chameaux qui nous attendaient tranquillement, les jambes pliés, les yeux tristes (Ah que les yeux de chameaux sont tristes !), l'air de s'en foutre de tout, du soleil, du désert, des touristes. Surtout des touristes.

J'ai demandé au "valet" discrètement : ça prendra combien de temps pour arriver à l'oasis ? Vingt minutes.

Ça ne sentait pas bon. Les chameaux ont certes les yeux tristes, mais ils défèquent aussi où bon leur semble. Et ça ne sent pas l'eau de rose.

Je n'avais rien pour me couvrir la tête. J'ai pris le châle bleu ciel de ma cousine et je l'ai fichu dessus. Ça faisait bizarre. Avec ma peau brûlée par les deux semaines de vacances déjà passées à me bronzer au bord de la plage, avec mon t-shirt rouge, avec mes shorts trop grands beiges, avec mes espas noirs mis à la sauvette. J'avais l'air d'un travesti. Un heureux travesti.

L'immensité du désert nous a calmés rapidement. On a commencé par chanter des chansons. Puis on s'est tus. Un peu assomés par le soleil du désert. Un peu fatigués par cette longue journée en voiture à manger des kilomètres. Mais surtout blasés par autant de beauté. Je n'en ai pas eu les larmes aux yeux. J'étais plutôt ému. Je me disais que c'était peut-être ici que tout avait commencé. Cette peau bronzée ne pouvait venir que de là. De ces infinies dunes de sable. Et l'insupportable chaleur. Et les quelques insectes qui passent de temps en temps. Et on se surprend à se demander comment ils font pour (sur)vivre. La vie est parfois un mystère.

Les vingt minutes sont devenues trente. Puis quarante. L'un de nous est descendu de son chameau, les fesses en feu.

J'ai (re)demandé au "valet" discrètement : ça prendra combien de temps encore ? Vingt minutes...

À chacun sa façon de mesurer le temps.

À l'arrivée, en descendant de nos respectifs chameaux, on marchait comme de "nouveaux circoncis". Nos rires ont dû réveiller plusieurs familles de scarabées. Il faisait déjà nuit et j'avais vu le plus beau coucher de soleil de ma vie. À dos de chameau, ce n'est pas rien.

J'avais faim. Soif. Et mal aux fesses. La forme.

Tout de suite, on nous a amenés à nos tentes. Des lits, l'un à côté de l'autre et quelques couvertures. Une table à la sortie de la tente. Et des tapis. et c'est tout.

Une mini-toilette - encore une fois ultra-rapide - (aux toilettes bâties pour les touristes) plus tard, nous étions en face d'un plat chaud et de quelques verres de thé. La viande était tendre et bonne. Le pain était bon. Le ciel était haut. Nous avons mangé en silence tout en regardant autour de nous. Une oasis. Le désert. Un miracle.

Plus tard, les "employés" nous firent quelques chants et danses locales. Je regardais ça de loin. Ces choses-là me mettent toujours mal à l'aise. S'exhiber devant des touristes (dont moi) pour une bouchée de pain n'a rien de valorisant. Ce qui est pour nous exotique, beau, gentil est d'abord pour eux une routine, faite et refaite chaque jour, pour une poignée de dirhams. Je n'aimerai jamais ça. Comme je n'ai pas aimé me faire masser le dos par ces frêles dames d'Indonésie qui offraient leur doigts pour une heure, en échange d'un misérable dollar.
Mais un misérable dollar pour moi n'est pas si misérable pour eux.
Je sais.
Mais c'est comme ça...
La nuit, je me suis réveillé en sursaut, alarmé par un bruit assez fort : le vent. Le vent du désert. Ce n'était donc pas une légende. Je n'ai pas pu mettre le pied dehors. Il n'y avait pas manière. Je me suis assis deux minutes. Les autres dormaient à poings fermés. Le vent chantait. Je me sentais bien. Bien dans ma peau, dans mon corps, dans ma tête. Je me suis rarement senti aussi bien. Je me suis recouché bercé par quelques souvenirs d'enfance, que je cache exprès dans un coin de ma tête et que je ressors de temps en temps, à souhait. Surtout quand j'ai besoin de dormir.

À 6h 30, une agitation anormale me réveilla de nouveau. Les gens (touristes) couraient dans tous les sens. J'ai entendu quelqu'un parler du lever de soleil et je me suis rappelé ce que W. m'avait dit un jour : le plus beau lever de soleil du monde, c'est Merzouga, fils. Je n'ai fait ni une, ni deux, ma brosse à dent dans la poche, mes espas dans les pieds, mes lunettes de soleil, j'ai réveillé ma cousine et hop, au galop.

Nous montâmes dans une des dunes et nous nous assîmes, ébahis par autant de beauté. Les touristes étaient partout, chacun sur sa dune. Tout autour, des kilomètres de sable et le soleil qui montrait le bout du nez petit à petit, rayon par rayon. Et plus rien n'importait. Ni le sable dans mes espas, ni Che Guevarra sur mon t-shirt noir, ni ma brosse à dents dans la poche, ni mes foutues lunettes, ni même ma cousine. Rien. Moi, les dunes et le soleil. Nous formions désormais une famille. Une famille unie, compacte, indestructible. Le reste importait peu.

La famille ne fit pas long feu. Quinze minutes plus tard, j'étais en bas et je ramassais mes affaires.

Deux autres heures sur un chameau. Pardonnez-moi chères fesses, je ne savais pas.
Rachid marcha tout le long. Deux heures à marcher en plein désert. Parce que ses fesses ne lui auraient apparemment pas pardonné.

Ce n'est que le lendemain, pendant que nous nous dirigions vers Essaouira, qu'il me le dit : Tu sais, la viande, hier. C'était bon, hein ? Très bon. C'était du chameau. Tu rigoles ? Non. Je t'assure, c'était de la kefta de chameau.

Elle est bonne, la viande de chameau. Vachement bonne !


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At 25/3/10 8:45 PM , Blogger simo s non man s land said...

" Je me suis recouché bercé par quelques souvenirs d'enfance, que je cache exprès dans un coin de ma tête et que je ressors de temps en temps, à souhait. Surtout quand j'ai besoin de dormir. "
tres beau. et merci pour le voyage.

 
At 26/3/10 11:57 AM , Anonymous Reda said...

Tu as ravivé des souvenirs de mon passage à Merzouga l'année dernière où j'ai passé 3 jours. J'ai eu à peu près la même expérience avec un 'local' : On était arrivé la nuit, et la place où on devait se rendre était biensûr en pleine dune à l'extérieur du village. Ça nous a coûté 200dh pour qu'il nous montre le chemin et au lieu des 15 minutes que ça devait prendre, ça nous a pris 50 minutes. C'était la nuit, je ne savais pas où le monsieur nous conduisait et en plus il arrêtait pas de mater la fille avec nous dans la voiture. À un moment,je pensais qu'il nous amenait en Algérie ou vers un guet-apens (je lis trop de romans). Ceci dit, les 3 jours passés là-bas valaient cette petite frayeur.

 
At 27/3/10 9:25 AM , Blogger Jack said...

Heureux de dérouler à nouveau un beau petit film de vie.
Réalisateur : Onassis.

Mot de code : punis!

 
At 28/3/10 7:00 PM , Blogger Onassis said...

Simo : anytime !

Reda : On y serait donc allés la même année, le même été !! Comme tu dis, ça vaut largement l'effort !

Jack : Merci ! Mais...punis ? Pourquoi ??

 
At 29/3/10 12:29 PM , Anonymous Anonymous said...

« punis » était le mot à taper dans la case de vérification. Aujourd'hui, en ce moment, c'est
« filynam ». J'ai tapé tel quel, mais trop tard, le système m'en demande un autre pour passer la rampe. On me propose cette fois : patelin.

Jack

 
At 7/4/10 7:45 PM , Anonymous Reda said...

J'y étais en Avril. J'ai fait un beau circuit d'ailleurs : Tanger, Casa, Marrakech, Ouarzazat, Merzouga, Meknès, Ifrane, Fès pour retourner à Tanger. La prochaine fois, je compte descendre direct au sud, genre Dakhla.

 
At 12/4/10 9:51 PM , Blogger Onassis said...

C'est drôle : Dakhla est ma prochaine destination aussi. J'ai fait un peu comme toi en 2009 mais sans Meknès, Fes et Tanger - plutôt Agadir, Essaouira, Merzouga, Marrakech...C'est beau le Maroc ;)

 

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