Wednesday, October 25, 2006

Où sont-ils ?



Où sont-ils ?

Dans mon pays natal, dans le Maroc de mon cœur et de mon enfance, il y eut d’abord les berbères. Les berbères avaient leurs langues (il y en a trois), leurs traditions, leur culture. Les arabes arrivèrent un jour (vers le septième siècle) et imposèrent leur langue (vous l’aurez deviné : l’arabe) et leur religion (islam). Il a fallu des siècles et des siècles avant que les berbères aient accès à certains de leurs droits (notre siècle !) : étudier dans leur langue, voir et écouter des nouvelles en langue berbère, etc. Attention, je ne fais ici aucune apologie à la haine, aucun appel à la vengeance, je cite des faits historiques. Je suis moi-même né au Maroc, et je crois fermement que, de nos jours, aucun Marocain ne peut se targuer d’être un pur arabe ou un pur berbère. Le métissage ou l’amour, appelez ça ce que vous voulez, toujours est-il que, comme dirait un professeur que je respecte (I.M, Pratiquant la vertu sans y croire), un jour quelqu’un est allé jouer dans le bois. Et nous voilà. Berbères et arabes mais, surtout, êtres humains…

Je fais donc l’analogie avec les Amérindiens. Je fais donc la comparaison avec les Aborigènes d’Australie. Je trouve ça donc aberrant.

Où sont-ils ?

À mon arrivée au Canada, par un froid décembre de 1998, je pensais, je croyais naïvement que Montréal, ainsi que les autres villes du Canada, serait pleine d’Amérindiens. Je les appelais d’ailleurs les indiens. Ne m’en voulez pas, ce sont mes longues et joyeuses journées d’enfance et d’adolescence à lire Blek-le-Roc, Rodéo, etc. : des bandes dessinées relatant des histoires de trahisons de visages pâles, de tueries d’indiens, de troc de terre-alcool…Je me suis gouré. Affreusement gouré. Je n’en voyais pas. Presque pas. C’est à l’université que j’en ai vu le plus. Enfin, pas à l’université. En allant à l’université. Dans les couloirs menant de la station Place-Des-Arts au département sciences de l’UQAM (Président-Kennedy). Des étudiants ? Mais non. Seriez-vous aussi naïfs que moi ? Nâh. Saouls. Quêtant de l’argent. Ou de la bière. Ou n’importe quoi qui les ferait flyer, fuir cet univers qui n’est pas le leur. Je trouvais tout cela triste. Et j’ai essayé de comprendre. Je n’ai jamais compris.

Il existe un certain racisme latent (et moins latent) envers les Amérindiens au Canada. J’ai osé demander, en boutade, à un livreur, qui travaillait avec moi dans un dépanneur du Plateau, s’il était Amérindien. Le gars s’est fâché. Vas-y que je ne suis pas Amérindien. Vas-y que je suis noble. Vas-y que je ne suis pas alcoolique. Bien sûr, je ne me base pas sur un simple geste isolé pour parler de racisme. Je me base sur des faits. D’abord et surtout, l’attitude du gouvernement. Cette fameuse équation restez-dans-vos-réserves-et-nous-vous-donnons-de-l’argent. C’est eux qui l’ont demandé ? C’est notre façon de réparer nos erreurs ? Bullshit. Oui, oui. Caca de taureau. N’est-ce pas une façon de pousser les gens comme moi à se demander : où sont-ils ? N’est-ce pas une manière sournoise de mettre les Amérindiens à l’écart de la société ?

Je ne possède pas les chiffres. Mais tout le monde le sait. Le diabète frappe les Amérindiens des réserves. L’alcoolisme. Le système scolaire (dans les réserves, j’insiste) n’est pas adapté à leur réalité, à leur culture. (Ont-ils besoin de vacances pendant noël ? Non. Mais pour la saison de la chasse ? Peut-être bien que oui.) Ils n’ont pas de modèles à qui s’identifier. Quel serait mon héros si j’étais un jeune Amérindien de 10 ans ? (Probablement Marlon Brando pour son fameux refus de l’Oscar du meilleur second rôle pour le Parrain, pour protester contre la politique raciste des Etats-Unis envers les Amérindiens. Mais encore faut-il le savoir) Ils sont étrangers dans leur propre pays. Exilés dans la terre de leurs ancêtres.

Le Canada traite mieux ses immigrants que ses autochtones. Le Canada envoie de l’aide au Liban, Haïti, les pays touchés par le tsunami, les pays d’Afrique Subsaharienne, etc. Qu’en est-il de ses autochtones ? A-t-on un plan pour redresser la situation ? Allons-nous laisser les quelques mafiosos Amérindiens, en leur donnant les pleins pouvoirs, en leur fournissant l’argent et pas les munitions, en nous donnant bonne conscience, tuer, démolir, anéantir une culture riche et vieille, une civilisation entière, un peuple qui a pleinement le droit de vivre ? Je n’ai pas de réponses. Je n’ai pas de solutions. En avez-vous ? En ont-ils ? Il y a quelqu’un ?

Où sont-Ils ?

<$I18NNumpersonnes$>:

At 26/10/06 4:12 AM , Anonymous Anonymous said...

Même le Canada... Des réserves, cela existe encore ?! Décidément pauvre monde... Et je vois que je ne suis pas la seule à attendre que quelques-uns ou quelqu'un fasse(nt) changer tout cela dans le bon sens... Utopie ?

 
At 26/10/06 9:22 AM , Blogger Nina louVe said...

Onassis, oui. Allez lire à l'Indienne de Bernard Assiniwi collection Ni-t'chawama (mon ami mon frère)paru chez Leméac en collaboration avec Radio-Canada.

Et, en passant, en Algonquin (le peu de sang rouge qui coule en moi) on dit comme ça bon appétit:

Ni t'chawama !

 
At 26/10/06 10:01 AM , Blogger Onassis said...

Isabelle : Oui, même au Canada !! + on a besoin d'Utopie pour faire changer les choses..

Nina : Okay pour le Ni t'chawama.

Gen : Le système est ancré soit. Mais on ne peut pas baisser les bras. C'est notre histoire. Si on ne sait pas d'où on vient, on n'ira nulle part.

Bien entendu, comme je l'ai dit, je ne connais pas la solution. Mais il devrait y en avoir une...

 
At 26/10/06 1:11 PM , Anonymous Anonymous said...

C'est la loi du plus fort. On ne partage pas avec celui qu’on a conquis et dominé par la force. C’est juste si on lui jette quelques miettes pour avoir bonne conscience et surtout pour faire ce qui est « politiquement correct ». D'une façon ou d'une autre, nous sommes tous responsables de la situation des amérindiens d'ici ou d'ailleurs. Nous faisons partie et encourageons ce système basé entièrement sur des notions comme la propriété, la richesse, la puissance, etc. Pire encore, dans le système mondial actuel, ce sont les puissants qui décident si tu es victime ou pas, si tu es dangereux ou pas, etc. Le comble c’est que ce sont eux encore qui décident de ce qui est profitable à leur victime!!

 
At 26/10/06 5:14 PM , Anonymous Anonymous said...

Bonjour Onassis, c'est avec plaisir que je découvre ton blog.

La situation des Amérindiens du Canada est non seuelement effroyable mais aussi complexe. Disons, grossso modo, que les gouvernements, depuis le début, ont une attitude de troc avec les Amérindiens.

- Au début de la colonisation, on échangeait des peaux de fourrure contre des armes et de l'alcool. Exemple : un fusil en échange de peaux dont l'épaisseur atteint la longueur du fusil...

- Pendant les années des grands chantiers hydroélectriques, on inondait des terres reconnues comme habitées principalement par des Amérindiens et on déplaçait des villages entiers. En échange : divers "privilèges" tels électricité gratuite, pas d'impôt à payer, etc.

Les Amérindiens, pas cons, ont appris à négocier et à réclamer en jouant sur la culpabilité du colonisateur. Le statut d'Indien permet de ne pas payer d'impôt et tout est gratuit : le logement, l’électricité, les médicaments, la santé, les études et le transport au Canada et aux États-Unis.

Alors d'où est né le racisme ? Eh bien le gouvernement a tout fait pour creuser l'écart entre Amérindiens et "colons", pour creuser les inégalités...

 
At 26/10/06 5:17 PM , Anonymous Anonymous said...

En passant, je vous propose de lire cette magnifique histoire d'amour entre un Algérien et une Amérindienne vivant dans une "réserve" : http://www.algerie-dz.com/forums/showthread.php?t=1379

 
At 26/10/06 6:43 PM , Blogger Onassis said...

Rédactrice : Bienvenue. J'irai lire cette histoire que tu me conseilles. Ça devrait être intéressant.

 
At 1/11/06 4:26 PM , Anonymous Anonymous said...

Onassis, c'est ma première visite sur ton blog, et ce post me fait penser à quelques mots que j'ai appriss il y a qq années au Maroc
azrou n'foullouss
oumdakl'inou
ajdig
afoukt
tfoulkit

Tu vois, la langue berbère est bien vivante!:)

A bientôt!

 
At 1/11/06 5:57 PM , Blogger Onassis said...

Elle est d'autant plus vivante que je ne comprends pas un traître mot !
Bienvenue ici Blanche. Fais comme chez toi :)

 
At 2/11/06 1:39 PM , Anonymous Anonymous said...

Ben alors, j'ai raté un épisode?
Moi qui voulais étaler ma culture!:)

 
At 2/11/06 1:45 PM , Blogger Onassis said...

Étale, étale Blanche. Non, tu n'as rien raté. Mon père parle berbère, mais il ne m'a jamais appris :(..dommage...donc, je ne parle quel'arabe.

Étale. J'attends :)

 
At 3/11/06 4:35 PM , Anonymous Anonymous said...

Nan, ben c'est tout, en fait... Ma connaissance du berbère s'arrête là...
Donc, j'arrête.:)

 
At 4/11/06 11:43 AM , Blogger Onassis said...

Blanche : Tu arrêtes au sommet de ta carrière :)

 
At 23/1/07 11:20 PM , Blogger ldcha said...

salut
superbe texte et commentaires en generals.
Apes 4 ans au Quebec, je suis maintenant a Vancouver. Une ville ou les ameridiens sont présents dans la rue et dans le quotidien. Ici, il s'integre ....

 
At 23/1/07 11:33 PM , Blogger Onassis said...

Bienvenue Loic. Merci. La situation est désastreuse. Ça me fait mal...

 

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